Uniting Europe

Les humains sont une espèce très versatile. Ils s’adaptent à tout. Il y a à peine quelques décennies, si quelqu’un nous avait dit qu’il y aurait aujourd’hui des policiers dans chaque école afin de protéger des enfants de l’école primaire non seulement de maniaques extrémistes, haineux, xénophobes et racistes, armés de fusils automatiques, mais aussi de leurs pairs armés eux aussi, nous aurions pensé qu’il était fou.

Il n’y a pas si longtemps, les gens pensaient que les choses s’amélioreraient, en passant du bon au meilleur, au magnifique et pourquoi pas au sublime. Cet optimisme n’existe plus. Les tensions ethniques, religieuses et raciales, les tensions politiques, domestiques, l’insécurité financière, la montée du niveau des océans et la hausse des températures, quel que soit le côté vers lequel nous nous tournons, le futur est lugubre.

Faut-il que ce soit ainsi ? Non, mais rien ne s’améliorera spontanément.

Un trait de caractère commun de la nature humaine veut que nous devenions de plus en plus égoïstes, narcissiques, profiteurs et avides. Nous n’y pouvons rien. Nous savons que cela nous nuit, à nous et à la planète, et que cela ruine le futur de nos enfants. Mais nous n’y pouvons rien. Si nous le pouvions, nous aurions changé de comportement il y a bien longtemps.

Pis encore, nos tendances vers le narcissisme et l’exploitation des autres sont en conflit : le narcissisme nous éloigne les uns des autres, et le désir d’exploiter nos relations réciproques nous force à une plus grande connexion entre nous. Comme nous ne pouvons réprimer ces tendances, nous recherchons des compromis comme envoyer des textos plutôt que d’utiliser le téléphone, et avoir des amis virtuels plutôt que de vrais amis.

Ce qui est vrai au niveau des relations individuelles l’est aussi au niveau des relations sociétales, nationales et internationales. La diplomatie globale a toujours été épineuse. Aujourd’hui, elle est devenue un enchevêtrement impossible de luttes de pouvoir où chaque pays veut s’isoler, alors que dépendant des autres pays pour assurer sa survie. Les grandes puissances semblent avoir accepté que, comme à la fin du film Highlander, une seule d’entre elles dominera, et elles luttent dorénavant pour être le vainqueur.

Mais deux choses sont claires : 1) À l’âge du nucléaire, personne ne survivra à la fin, en cas de conflit. 2) En dépit de cette nocivité évidente, l’intensification de ces tendances est irrépressible. À un certain moment du futur prévisible, la tension entre l’isolationnisme et l’interdépendance forcée va craquer et il s’ensuivra un chaos global. Les nations évitent d’y faire face mais ne peuvent pas inverser la tendance.

Je ne parlerais pas de tout ceci sans savoir qu’il existe un moyen d’inverser cette tendance vers le chaos global. La méthode est celle qui nous a permis d’évoluer jusqu’à maintenant. Tout au long de l’histoire, nous avons progressé grâce à nos désirs croissants qui nous ont poussés à faire des innovations pour les satisfaire. En résumé, jusqu’à présent, l’humanité s’est comportée suivant la maxime : « Quand on veut, on peut. »

Quand nous avons voulu voyager plus rapidement, nous avons inventé de nouveaux moyens de transport. Lorsque nous avons voulu améliorer notre santé, nous avons développé une nouvelle médecine et de nouveaux instruments. Lorsque nous avons voulu accélérer notre façon de cuisiner, nous avons inventé le four à micro-ondes.

Nous avons agi de la même manière dans nos sociétés. Quand nous voulions pouvoir nous exprimer politiquement, nous avons inventé la démocratie et quand nous avons voulu la liberté de pensée, nous avons inventé le libéralisme. Tout au long de notre histoire, nos désirs ont contribué à notre avancement, et c’était magnifique.

Notre problème est que maintenant, nos désirs sont conflictuels. Nous voulons nous détourner des gens, mais nous sommes de plus en plus contraints de nous connecter à eux. Cette lutte acharnée est pénible.

Si nous n’avions pas de modèle, nous serions condamnés. Comment pouvons-nous vouloir deux choses qui nous tiraillent dans des directions opposées ? Comment les concilier et être heureux en même temps ?

C’est exactement ce que fait la nature. La vie est fondée sur la contradiction entre notre désir de nous isoler, de garder notre intimité, et notre dépendance aux autres pour assurer notre survie. De la même manière, les atomes s’unissent pour former des molécules, qui à leur tour deviennent des cellules, puis des organes, et finalement des organismes. La vie ne serait pas possible sans sa capacité à garder chaque élément séparé, mais fonctionnant harmonieusement et volontairement avec les autres éléments dans un système synchrone.

Les émotions humaines ne sont pas les mêmes que les émotions éprouvées par un animal, et encore moins que celles des plantes et des minéraux. Afin de maintenir l’équilibre entre l’individuel et le collectif, nous devons constamment faire des choix. En d’autres mots, nos individualités propres doivent consentir à participer au collectif et en comprendre les bienfaits.

Ce n’est pas aussi difficile que cela puisse paraître. Nous profitons déjà dans tous les domaines, grâce à notre contribution dans la société. Si nous n’en tirions pas profit, nous serions obligés de chasser, de planter et de récolter notre nourriture, de nous défendre contre nos ennemis et contre des animaux, et en général, nous mènerions une vie brève et bien misérable.

Le problème provient du fait que nos ego dépeignent une image fausse selon laquelle la contribution au collectif se fait aux dépens de notre propre bien, alors qu’en vérité, c’est le contraire qui se produit. Quand nous contribuons au collectif, la société s’intéresse à notre succès. Si chacun collaborait en apportant ses connaissances au profit de la société, plutôt que de les utiliser pour se hisser au-dessus de l’autre, dans une lutte visant à obtenir un meilleur emploi, un meilleur salaire, un statut social plus élevé, nos réalisations non seulement amélioreraient les réalisations d’autrui, mais elles monteraient en flèche, car nous pourrions alors diriger toute l’énergie dépensée pour notre protection personnelle vers l’amélioration de nos réalisations.

Par conséquent, afin de créer une société durable et prospère, nous devons mettre nos désirs croissants de réalisations personnelles dans un réseau de collaboration de désirs profitables à nos sociétés, mais aussi à nous-mêmes. La nature ne peut pas le faire pour nous. Libre à nous d’utiliser nos désirs d’une façon ou d’une autre.

L’environnement social que nous construirons déterminera notre développement. Si nous choisissons la voie de l’ego, les tendances naissantes vers l’isolationnisme et le fascisme se transformeront en un régime radical ayant à sa tête un tyran, comme le décrit Andrew Sullivan dans son article du New York Magazine, « L’Amérique n’a jamais été un terrain aussi propice à la tyrannie ». Un processus similaire va se développer en Europe, et le reste du monde, moins démocratique de toute façon, suivra. Peu après, une troisième guerre mondiale éclatera et les quelques survivants devront quand même se connecter au-dessus de leurs tendances isolationnistes, ou le même cycle se reproduira encore une fois, jusqu’à ce qu’ils comprennent qu’ils n’ont pas le choix.

Si nous choisissons la voie de la raison, nous construirons une société qui encourage la coopération et récompense la contribution à la société. Cela créera un environnement social qui fait l’éloge du don, dans lequel l’exploitation des autres sera réprimandée, au point de réaliser que l’égoïsme ne paie pas. De cette façon, nous apprendrons à fonctionner comme le reste de la nature. Et de même que la nature prospère lorsque l’égocentrisme humain ne s’en mêle pas, ainsi prospérerons-nous.

En résumé, nous ne pouvons être à notre meilleur niveau, plus heureux, plus forts et plus accomplis, que lorsque nous vivons dans une société où les gens puisent leur sens les uns dans les autres et dans leurs communautés, et permettent à la communauté d’en faire autant pour eux.

 

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