Uniting Europe

Faire la paix (shalom) signifie rendre intégral (shalem), lorsque des opposés s’unissent et créent quelque chose qui n’est ni l’un ni l’autre, mais qui comprend les deux.

Des vitres brisées et des slogans comme : « J’accuse ! », « Poutine est P—–n ! », « Pas mon président ! » étaient fréquents lors de la Marche des Femmes sur Washington. Des célébrités qui divaguent de façon abusive et avouent, sur scène, avoir des fantasmes de faire sauter la Maison-Blanche (après que le président s’y soit installé), et un réseau d’information connu mondialement qui songe à un « scénario tragique » dans lequel le président élu est assassiné et, par conséquent, le parti démocrate reste au pouvoir : tout cela et plus encore étaient les « festivités de bienvenue » des libéraux pour l’administration entrante. Si Hillary avait gagné les élections, les Républicains auraient-ils agi de la sorte ? Et s’il y avait eu de tels incidents, et si l’issue des élections avait été différente, est- ce que les démocrates et les libéraux l’auraient considérée légitime ?

Comme il fallait s’y attendre, le président Trump a livré un discours d’investiture à l’esprit combatif, qui a été suivi par une déclaration encore plus belligérante de Sean Spicer, secrétaire de presse de la nouvelle administration.

Visiblement, l’Amérique est divisée.

 
Du libéralisme, au narcissisme, au fascisme
Nicolas Kristof, auteur et journaliste, est le gagnant de deux prix Pulitzer. Il est également un consultant assez fréquent chez CNN, et est chroniqueur au New York Times depuis novembre 2001. Il admet être un écrivain libéral progressiste. Le 7 mai 2016, Kristof a écrit une chronique intitulée : « Un aveu de l’intolérance libérale », dans laquelle il déplore le sectarisme de ses cohortes progressistes. « Les universités sont les fondations des valeurs progressistes », a-t-il écrit « mais le genre de diversité que les universités méprisent est d’ordre idéologique et religieux. Nous acceptons les gens d’apparence différente à la nôtre pour autant qu’ils pensent la même chose que nous ». À la fin d’une longue description détaillée de la partialité à l’encontre des conservateurs dans le milieu universitaire, Kristof conclut que peut-être « nous les progressistes, pourrions arrêter un moment d’attaquer le camp adverse, et mettre en pratique les valeurs que nous chérissons supposément, telles que la diversité ».

 

 
En janvier 2017, soit huit mois après avoir écrit la chronique, nous constatons que ce n’est pas le cas. Les progressistes ont régressé, ont beaucoup régressé. Ils discréditent, diabolisent, et traitent avec condescendance quiconque a des idées différentes des leurs. Ces champions autoproclamés de la démocratie étouffent le pluralisme, la liberté de pensée et la liberté de parole. Et ils font tout ça au nom du libéralisme, en se réjouissant de leurs vertus.

Mais les libéraux ne sont pas les seuls à faire preuve de sectarisme. La partialité et la petitesse d’esprit sont présentes dans les deux camps de la carte politique. Dans une génération de pure permissivité, beaucoup de gens ont cessé de croire que toute opinion est légitime pourvu que nous ne nous nuisions pas, et ils en sont arrivés à croire que seule notre opinion est légitime, et que ceux qui désapprouvent ne devraient pas exister ou du moins ne devraient pas avoir leur mot à dire en ce qui concerne notre vie.

Nous devrions en prendre bonne note. Il est triste de constater que n’importe quelle idéologie, aussi éclairée qu’elle puisse paraître à première vue, est vouée à devenir fasciste et totalitaire à moins qu’elle ne priorise avant tout la connexion humaine. Et comme aujourd’hui nous sommes beaucoup plus égoïstes que les générations précédentes, nos idéologies pluralistes, libérales et démocratiques deviennent autoritaires et fascistes beaucoup plus rapidement qu’avant.

Je n’ai aucun doute que si la nouvelle administration implantait un agenda conservateur strict, elle ne ferait pas long feu. Au siècle précédent, nous avons vu des nations pencher à l’extrême gauche et à l’extrême droite. Mais dans tous les cas, les gouvernements se sont effondrés, le peuple s’est révolté, le carnage a suivi et tout le monde a souffert. Si nous répétons le même cycle au 21e siècle, la guerre high-tech et les armes de destruction massive feront paraître les atrocités du siècle dernier comme une partie de plaisir. Nous devons envisager les idées politiques sous un autre jour.

 
En finir avec la stratégie de « petit chef »

Le Talmud nous dit (Shabbat 156a) que lorsque quelqu’un est né avec le goût du sang, il serait bon qu’il devienne boucher ou chirurgien, sinon il deviendra un assassin. Nous sommes tous différents. Mais au lieu de célébrer nos différences et d’accueillir nos contributions constructives personnelles, nous essayons d’éliminer les idées des autres et nous nous définissons comme les seuls tenants de la vérité. En agissant ainsi, nous nous condamnons à la stagnation et à la régression et suscitons notre déclin entraîné par la rébellion de ceux que nous avons oppressés alors que nous détenions le pouvoir.

Cette attitude de « petit chef » cultivée par l’humanité depuis l’aube de son histoire est arrivée à son terme. Nous avons détruit notre habitat, la planète Terre, nous avons détruit notre société. Tout ce que nous faisons, aussi noble que soit notre intention, devient corrompu et mauvais, une réflexion de notre attitude vis-à-vis des autres. Depuis la commercialisation d’internet, il y a trente ans, nous avons failli à la promesse de connecter les peuples du monde, pour aboutir à une réalité honteuse dominée de fausses informations. Internet reflète parfaitement les mauvais traitements que nous nous infligeons. Mais nous pouvons changer de parcours.

Dans la nature, les différences créent l’harmonie et l’équilibre plutôt que le désordre. La diversité des espèces assure la stabilité des écosystèmes tout comme la diversité de fonctionnalité de nos organes assure notre santé. Par exemple, le foie, le cœur et les reins travaillent de façon différente et tous ont besoin de sang. Si nous ne savions pas que ces organes se complémentent afin de nous maintenir en bonne santé, nous pourrions penser qu’ils rivalisent pour la même ressource. Cependant, si l’un d’eux venait à manquer, nous mourrions.

 
Comprendre la paix

Le terme « humanité » n’est pas un nom générique pour « beaucoup de monde » ; il définit une entité dont nous tous faisons partie. Si nous persistons à nous percevoir comme des êtres séparés, alors nous devrons nous battre pour notre survie ou nous anesthésier avec des drogues et attendre que cette nuisance que nous appelons « la vie » se passe. D’un autre côté, si nous nous élevons au-dessus de nos petits ego, juste un instant, nous découvrirons une réalité très différente dans laquelle nous sommes tous connectés.
Il est écrit dans le livre Likouté Halachot (Recueil de Conseils) : « L’essence de la vitalité, de l’existence et de la correction dans la création est atteinte par des gens d’opinions différentes qui se lient dans l’amour, l’unité et la paix. » Quand nos anciens sages parlaient de paix, ils ne se référaient pas à l’absence de guerre. Pour éviter une guerre, nous pouvons tout simplement éviter le contact. Le mot shalom (peace) vient du mot hébreu shlemout (intégralité). Faire la paix signifie rendre intégral. Il s’agit d’amener deux opposés et de les unir de telle façon qu’ils forment un nouveau tout. C’est une entité qui n’est ni l’un ni l’autre, mais bien le rejeton des deux, une création qui ne pourrait pas exister sans les deux qui s’aiment tendrement. Tout comme un homme et une femme créent un enfant qui n’est ni le père ni la mère, mais la création aimée par les deux, la paix est l’intégralité créée par deux points de vue opposés et conflictuels.

C’est pourquoi le Talmud nous avertit que chaque tendance, même celle qui paraît meurtrière, peut être transformée positivement, si nous l’utilisons de la bonne manière, pour créer une entité plus élevée en la fusionnant avec d’autres qualités. Baal HaSoulam écrit dans son essai « La Liberté » que : « Lorsque l’humanité atteindra son but qui est l’amour absolu pour les autres, tous les corps du monde s’uniront en un seul corps et un seul cœur. Cependant, il faut se garder d’amener les idées des gens si proches que le désagrément et la critique soient éliminés, car l’amour apporte naturellement avec lui le rapprochement des idées. Et si la critique ou le désagrément s’évanouissait, tout progrès dans le domaine des concepts et des idées cesserait, et la source du savoir s’assécherait. »

Baal HaSoulam poursuit : « C’est la preuve de l’obligation de prudence avec la liberté de l’individu concernant des concepts et des idées. Car tout le progrès de la sagesse et du savoir est basé sur la liberté de l’individu. Ainsi, nous devons user de prudence et la préserver avec beaucoup d’attention. » Lorsque les libéraux se sentent habilités à ostraciser d’autres idées, ils ne sont plus des libéraux. Ils sont devenus des tyrans qui détruisent notre société. À l’aube de cette ère nouvelle, je prie pour que ses dirigeants ne tombent pas dans le même piège tendu par l’appât du pouvoir.

 
Le secret de la sagesse juive

Selon toute mesure, les juifs excellent en moyenne académiquement. Malheureusement pour la plupart, nous utilisons nos réussites à de mauvaises fins : gagner de l’argent et accéder au pouvoir. Mais la racine de notre sagesse ne réside pas dans nos gènes ; c’est un souvenir de la sagesse que nous avons développée et cultivée pendant les siècles où nous étions souverains en terres d’Israël, la sagesse de connexion d’idées opposées et la création de cette nouvelle entité appelée « paix », en unissant ces points de vue conflictuels.

Nikolai Berdyaev, philosophe et historien, a écrit dans The meaning of History : « La survie des juifs, leur résistance à la destruction, leur endurance dans des conditions absolument étranges, le rôle tragique qu’ils ont joué dans le destin de l’Histoire, tout cela nous dirige vers les fondements mystérieux de leur destinée. » L’auteur Mark Twain, dans son essai Concerning the Jews, s’interroge lui aussi à propos de leur survivance : « L’Égyptien, le Babylonien et le Perse ont progressé, ont rempli la planète de musique et de splendeur, puis se sont évanouis et ont disparu ; les Grecs et les Romains ont suivi, ont fait beaucoup de bruit, et ne sont plus. Le juif les a tous connus, les a tous battus et il est encore maintenant ce qu’il a toujours été. Toutes les choses sont mortelles, sauf le juif ; toutes les autres forces passent, mais lui demeure. Quel est le secret de son immortalité ? »

Le secret, c’est la graine de l’unité au-dessus des différences, graine qui sommeille en nous, c’est « l’essence de la paix » comme je l’ai dit plus haut.

Nous, les juifs, avons reçu le titre de peuple seulement après avoir fait le serment de nous unir « comme un seul homme dans un seul cœur ». Après nous être engagés, nous avons été reconnus comme une nation et la tâche d’« être une lumière pour les nations » nous a été attribuée. C’est-à-dire que nous avons été désignés pour donner l’exemple d’utiliser nos différences afin de créer une entité supérieure, une nouvelle shlemout (paix), au lieu de nous battre pour le pouvoir. Jusqu’à présent, nous ne l’avons pas fait. Nous sommes tombés dans le sectarisme et la division, et nous n’offrons pas d’issue à la haine et à l’extrémisme croissant dans le monde. Ce n’est pas étonnant si le monde nous hait ; nous ne faisons pas ce que nous sommes supposés faire.

Les juifs qui prônent le libéralisme aujourd’hui ne le font pas afin de créer l’unité au-dessus des différences. Ils ne font qu’ancrer la séparation des cœurs et des esprits. Ce faisant, ils refusent au monde la seule voie de la paix. L’humanité, en conséquence, qui sent subconsciemment que nous leur refusons les moyens de diminuer la haine, nous blâme pour toutes les guerres dans le monde.
Maintenant que Trump est au pouvoir, nous devons profiter de la pause qui nous a été accordée et essayer de nous unir au-dessus de nos différences. Plutôt que de chérir le libéralisme, chérissons le pluralisme des idées qui serviront de base à une unité plus élevée. Comme je l’ai dit plus haut, nous devons conserver nos différences et les surmonter par notre unité.

C’est un processus éducationnel que nous devrons traverser ensemble. L’éducation juive n’est pas de rendre les gens plus intelligents, mais bien d’enseigner aux gens la devise : « aime ton prochain comme toi-même ». C’est là toute la loi juive. Si nous gardons cette règle, nous sommes juifs. Si nous ne la gardons pas, nous sommes tout sauf des juifs et le monde sent que nous ne pouvons pas nous réclamer de la Terre d’Israël, que nous n’avons pas le droit d’exister dans le monde.

L’Amérique est divisée, et la clé de la guérison est en nous. Maintenant, nous pouvons faire une différence. Cependant, nous devons nous hâter avant que la marée se retourne contre nous encore une fois.

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