Uniting Europe

Mise à part toute cause inhibitrice, plus une société devient égoïste, plus elle est encline à l’antisémitisme.

Au cours des dernières semaines, 70 incidents de menaces à la bombe « visant près de 60 centres communautaires juifs dans 27 états et une province canadienne » ont secoué les juifs américains. En moins d’une semaine, les cimetières de Saint-Louis et de Philadelphie ont été vandalisés, une institutrice de maternelle du Texas a été congédiée pour son tweet « Tuer quelques juifs », des swastikas et des insultes raciales ont été peints sur des voitures, sur un bâtiment et dans une aire de jeux près de Buffalo, et un administrateur de CUNY s’est plaint d’avoir « trop de juifs » dans le personnel. Ce qui a commencé dans les campus de l’Europe et a continué dans les rues et les gouvernements de l’Europe a dérivé dans les campus américains, et maintenant dans les rues de l’Amérique. L’antisémitisme est officiellement présent, et les dirigeants juifs parlent d’une « pandémie ».

Comme je l’ai démontré dans le livre « Comme une gerbe de blé : Pourquoi l’unité et la garantie mutuelle sont aujourd’hui à l’ordre du jour », et sur le site Internet « Pourquoi les gens détestent les juifs », l’intensification de l’antisémitisme n’est pas une coïncidence. Il est le résultat d’un processus naturel et obligatoire. Selon ce processus, plus la société est égoïste, plus elle est encline à l’antisémitisme. Indépendamment de l’éducation, de la culture, de l’histoire, ou de toute autre cause inhibitrice, au-delà d’un certain niveau d’égoïsme, l’antisémitisme se dévoile de la même façon que du sel dissout dans l’eau doit se trouver en quantité suffisante pour être visible.

Comment l’égoïsme engendre l’antisémitisme

La haine des juifs existe bien avant qu’il n’y ait des juifs. Abraham n’était pas un juif, il était un Hébreu, mais il a été haï pour la même raison que vous et moi, et tous les juifs à travers l’Histoire sont haïs. La racine de la haine des juifs n’est pas dans le fait d’être juif, mais dans ce que nous représentons, dans notre racine primordiale, l’héritage que nous avons reçu de nos ancêtres.

Quand Abraham, notre Père, a regardé le monde et « a commencé à se demander jour et nuit comment il était possible que cette roue tourne continuellement sans conducteur », ainsi que l’écrit Maïmonide dans Mishneh Torah (chapitre 1), il a découvert une force unificatrice qui est la racine de toute la création, et a appelé cette force « Dieu ».

Abraham n’a pas conseillé aux gens de s’incliner devant Dieu ou de le nourrir de semoule, comme ses compatriotes le faisaient avec leurs dieux. Il a simplement dit qu’il avait découvert une force d’unité, et que si les gens voulaient être heureux, ils devraient aussi s’unir et être comme cette force.

À l’époque d’Abraham, les Babyloniens construisaient la tour de Babel. Pourtant, Abraham a remarqué qu’ils étaient de plus en plus égocentriques et aliénés les uns des autres, ce qui l’a poussé à chercher la réponse que Maimonide a décrit. Le livre Pirkey de Rabbi Eliezer (chapitre 24) illustre comment les Babyloniens « voulaient communiquer entre eux, mais ne connaissaient pas la langue d’autrui. Qu’ont-ils fait ? Chacun a pris son épée et ils se sont entretués. En effet, la moitié du monde a été massacrée là-bas, et le reste s’est dispersé partout dans le monde. »

Quand Abraham a suggéré qu’ils s’unissent au lieu de se battre, leur roi, Nimrod, le chassa de son pays. Alors qu’Abraham exilé errait vers Canaan, les gens « se rassemblaient autour de lui et lui demandaient d’expliquer ses paroles. Il enseignait à tout le monde », continue Maïmonide, jusqu’à ce que « des milliers et des dizaines de milliers se rassemblent autour de lui, et ils sont le peuple de la maison d’Abraham. Il a implanté ce principe dans leurs cœurs, a composé des livres à ce sujet, et l’a enseigné à son fils, Isaac. Et Isaac s’assit et enseigna, et avertit, et éduqua Jacob, et le nomma maître, pour s’asseoir et enseigner… Et Jacob notre Père a enseigné à tous ses fils ». Finalement, une tribu qui connaît la loi de l’unité fut formée.

Quelques siècles plus tard, Moïse voulut faire la même chose. Il aspirait à unir son peuple, ce à quoi Pharaon s’opposa. Comme Abraham avant lui, Moïse fuit avec son entourage, qui cette fois comptait des millions. Ceux qui quittèrent avec lui eurent besoin d’une « mise à jour » de la méthode de connexion d’Abraham, et c’est ainsi que Moïse leur donna la Torah.

Cet ensemble de lois que nous appelons la Torah se résume à un seul principe, que le Vieux Hillel a décrit très simplement : « Ce que vous détestez, ne le faites pas à autrui. C’est la totalité de la Torah. Le reste est un commentaire. Allez étudier. » (Shabbat, 31a) Sous Moïse, les tribus d’Hébreux devinrent une nation au moment où ils se sont engagés à s’unir « comme un seul homme dans un seul cœur ». C’est alors, officiellement, que les Hébreux sont devenus une nation, portant son nom, Israël, en rapport direct avec sa vocation d’aller Yashar El (directement à Dieu) – pour atteindre la même unité que la force découverte par Abraham.

Immédiatement après, Israël a été chargé de compléter ce qu’Abraham avait l’intention de réaliser quand il a commencé à parler de l’unité au-dessus de la haine – à savoir que le monde entier profiterait de la méthode de l’unité. Maintenant qu’ils y étaient parvenus, ils ont été chargés d’être « une lumière pour les nations ». Ramchal a écrit que Moïse désirait que sa Torah montre le chemin de l’unité au monde entier. « Moïse voulait compléter la correction du monde à ce moment-là. (…) Cependant, il n’a pas réussi à cause des corruptions qui se sont produites le long du chemin », a écrit Ramchal dans son commentaire sur la Torah.

L’accomplissement de Moïse pour unir le peuple d’Israël fut sa victoire finale sur Pharaon, qui représente le mauvais penchant, à savoir l’égoïsme, ou comme Maïmonide l’a dit :

« Tu devrais savoir, mon fils, que Pharaon, roi d’Égypte, est en fait le mauvais penchant. » (Les Écrits de Rambam)

Le germe dormant

Après la formation de la nation juive sous Moïse, les juifs ont connu beaucoup de hauts et de bas. Quand l’unité régnait parmi nous, nous prospérions. Quand l’égoïsme prenait le dessus, nous avons souffert. Il y a environ deux millénaires, l’égoïsme de nos ancêtres a atteint des niveaux tels qu’ils ne pouvaient plus se tolérer entre eux. Sin’at hinam (la haine sans fondement) a éclaté parmi eux, et le chef de la légion romaine en Judée, Tiberius Julius Alexander, lui-même un juif dont le père avait recouvert d’or les portes du Temple, détruisit le Temple et déclencha l’exil de la terre d’Israël. En effet, comme le grand Maharal de Prague a écrit dans Netzah Israël :

« Le Temple a été détruit à cause de la haine sans fondement, parce que leurs cœurs furent divisés et ils furent indignes d’un Temple, qui représente l’unification d’Israël. »

Nous n’avons jamais vaincu cette haine. Cependant, la semence de l’unité est toujours en nous, et nos sages ont souligné, à travers les âges, qu’elle est la clé de notre salut, mais nous avons oublié comment couvrir d’amour notre haine, comme Abraham et ses disciples ainsi que Moïse et son peuple.

Pourtant, les sages juifs à travers les âges se souvenaient du remède de l’unité. Le livre Maor VaShemesh écrit : « La première défense contre les calamités est l’amour et l’unité. Quand il y a amour, unité et amitié entre eux, en Israël, aucune calamité ne peut s’abattre sur eux. » De même, le Livre de Conscience écrit :

« Nous sommes chargés, à chaque génération, de renforcer l’unité entre nous afin que nos ennemis ne nous gouvernent pas. »

Bien que la semence de l’unité existe en nous, tant que nous sommes désunis, nous ne sommes pas « une lumière pour les nations », et nous ne diffusons pas l’unité au monde, comme l’avaient voulu Abraham et Moïse. En conséquence, l’humanité est chaque jour de plus en plus égoïste. Notre égoïsme d’aujourd’hui est si intense que même si nous savons que nous ruinons l’avenir de nos enfants en polluant notre planète, nous ne nous en soucions pas assez pour arrêter. Nous comprenons que le pluralisme est important et que le libéralisme est vital pour la société, mais tout le monde est tellement narcissique que nous ne pouvons tout simplement pas nous écouter les uns les autres, et encore moins nous unir au-dessus de nos différences.

À l’apogée de la monarchie espagnole, les juifs furent expulsés d’Espagne, torturés et tués par l’Inquisition sous la direction de Torquemada qui, comme Tiberius, était d’origine juive. Au siècle dernier, Adolf Hitler ne se souciait pas de tous les accomplissements des juifs allemands dans son pays. Il les blâmait pour tous les maux qui avaient frappé l’Allemagne. Quand il n’a pas pu expulser les juifs, parce qu’aucun pays ne voulait les accueillir, il les a exterminés.

Quand nous nous unissons, nous sommes une lumière

Le Livre du Zohar écrit : « Voyez, comme il est agréable et plaisant que les frères s’assoient ensemble. Ce sont là des amis qui s’assoient et ne se séparent pas les uns des autres. D’abord, ils semblent être des guerriers désireux de s’entretuer. Puis ils reviennent à l’amour fraternel. Et vous, les amis qui êtes ici, comme vous étiez dans l’amour et l’affection auparavant, désormais vous ne vous séparerez plus. Et par votre mérite, la paix règnera dans le monde. » (Akharei Mot)

Comme le Zohar, son grand commentateur, Rav Yéhouda Ashlag, a écrit que « la nation israélienne a été construite comme une passerelle pour permettre au monde de comprendre l’agrément et la tranquillité dans l’amour des autres ». Comme Ashlag, le Rav Kook a écrit : « En Israël se trouve le secret de l’unité du monde. » (Orot Kodesh)

Tout comme notre grand ancêtre Abraham, nous sommes les porteurs de la méthode pour corriger l’égoïsme qui sépare et détruit notre monde morceau par morceau. Si nous ne rétablissons pas notre méthode de nous unir au-dessus des différences, les nations nous blâmeront pour leurs malheurs et nous puniront encore. Le plus fameux antisémite de l’Histoire américaine, Henry Ford, a reconnu le rôle des juifs envers la société dans son livre, Le juif international – Le principal problème du monde :

« Les réformateurs modernes, qui élaborent des modèles de systèmes sociaux, feraient bien d’étudier le système social sous lequel les premiers juifs étaient organisés. »

Le nazisme en Amérique

Nous pensons que l’Allemagne nazie était un événement unique. Mais dire « Plus jamais » n’empêchera pas l’histoire de se répéter. Nous oublions que ce ne sont pas les Allemands qui ont inventé le badge jaune, mais les Britanniques. Dès 1218, le roi Henri III

« proclama l’Édit du Badge, faisant de l’Angleterre la première nation européenne à exiger des juifs le port d’un insigne de démarquage ».

Au début des années 1950, Rav Yéhouda Ashlag écrivait dans Les Écrits de la Dernière Génération :

« Le monde considère à tort le nazisme comme un rejeton particulier de l’Allemagne. En vérité, toutes les nations sont pareilles en cela. Il n’y a aucun espoir que le nazisme périsse avec la victoire des Alliés, car demain les Anglo-Saxons adopteront le nazisme. »

Pendant des décennies, l’Amérique a été sur la voie de l’égoïsme croissant, l’aliénation et l’isolement social. La dépression est la principale cause de maladie dans le pays depuis des années, et le désespoir augmente rapidement. Si un livre intitulé The Narcissism Epidemic: Living in the Age of Entitlement (L’épidémie du narcissisme : vivre à l’âge de la permissivité) peut atteindre le sommet de la liste des best-sellers du New York Times, et les millennials définissent leur milieu comme la culture du « Moi, Moi, Moi », vous pouvez conclure que le pays est sur le point d’imploser.

En fait, il semble que l’implosion ait déjà commencé. Les élections de 2016 ont révélé les divisions dans le pays, la ruse des politiciens, et la fausseté des médias d’information. Aujourd’hui en Amérique, personne ne fait confiance à personne. C’est le terrain idéal pour une montée rapide de l’antisémitisme.

Si les juifs américains ne prennent pas en main leur propre vie et s’efforcent de s’unir en surmontant leur aversion réciproque, les Américains les y forceront par effusion de sang. Il est trop tard. Une seule action est nécessaire : les juifs doivent mettre de côté leurs différences et s’unir, parce que l’unité est le seul salut du peuple juif. Car lorsque nous nous unissons, nous sommes une lumière pour les nations et nous donnons au monde ce qu’Abraham avait voulu faire pour l’humanité il y a presque quatre millénaires, et ce dont le monde a tellement besoin aujourd’hui.

 

Le prochain article : La croissance de l’égoïsme dans l’humanité comme un résultat obligatoire du développement humain.

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